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FICHE DE LECTURE : ANTONIO DAMASIO

 

BIO : Antonio Damasio est professeur de psychologie, neurosciences et neurologie à l'université de Californie du Sud. Il a fondé en 2005 le Brain and Créativity Institute qu'il dirige.

 

Il a publié une demi-douzaine d'ouvrages chez Odile Jacob dont, l'erreur de Descartes (1995), Le sentiment même de soi : corps, émotions, conscience (1999), Spinoza avait raison : joie et tristesse, le cerveau des émotions (2003) et L'autre moi-même. Les nouvelles cartes de la conscience et des émotions (2010).

 

Ses recherches lui ont valut de nombreux prix et récompenses.

 

Ses recherches sont essentielles pour une tentative de compréhension des mécanismes mentaux, de la pensée à la conscience, en passant par la mémoire.

 

 

Sources annexes :

 

Texte : la conscience est née des émotions

Scienceshumaines.com

Mensuel n°224 – mars 2011

Par Jean-François Marmion

 

3 films qui ont été réalisés à l’occasion de la venue à Lyon du professeur Antonio R. Damasio, invité par le Pôle Universitaire de Lyon (PUL) à l’initiative du professeur Robert Martin (Laboratoire d’Etudes et d’Analyse de la Cognition et des Modèles, Université Lyon 2).

 

http://robert.martin.itemgiven.net/a-la-rencontre-de-antonio-damasio/

 

« L'étude neurologique de la conscience humaine et du sentiment de soi »

Blog de Fabien Devaugermé - novembre 2017

https://www.centrepleineconscience.fr/psychotherapie-tcc-act-mbsr/trois-sentiments-de-soi-chez-antonio-damasio-sentiment-meme-de-soi

 

MAIS SI CELA VOUS INTÉRESSE, rien ne vaut la lecture des livres d'Antonio DAMASIO

 

CE QUE J'EN RETIENS (et qui me sert dans ma pratique en cabinet)

 

 

I : les émotions

 

  1. Qu'est-ce que les émotions et pourquoi les étudier ?

Au delà d'un intérêt personnel et humain, Antonio Damasio s'est intéressé aux émotions suite à l'observation de patients qui avaient de grosses difficultés à prendre des décisions. Ces patients présentaient des lésions dans certaines zones du cerveau. Avant d'avoir ces lésions, leur comportement était normal.

 

Antonio Damasio a compris que cela ne venait pas simplement d'un problème de logique, de langage ou d'attention, comme la plupart des chercheurs avaient tendance à le penser, mais que cela avait à voir avec les émotions, car ces patients présentaient des troubles de certaines d'entre elles.

 

Il a fait le choix de sortir de la dichotomie émotions/raison, les émotions étant considérées comme plus simples, et il s'est mis à les étudier pour essayer de comprendre comment elles fonctionnent et quel est leur rôle dans le processus de la conscience.

 

Il a découvert que les émotions jouaient un rôle majeur dans la formation de notre raisonnement.

 

Antonio Damasio a mis en évidence que les zones altérées par les lésions de ses patients, étaient impliquées dans le processus des émotions. C'est ainsi qu'il a pu établir une cartographie des zones du cerveau responsables de la naissance de certaines émotions. (Notamment par la technique de la Brain Box développée par Anna Damasio)

 

Par exemple : quelqu'un qui a une lésion de l'amygdale a des difficultés à :

  • avoir l'émotion de peur quand il reçoit un stimulus qui devrait la déclencher

  • ressentir cette émotion

  • la reconnaître chez les autres

Il y a donc un lien entre l'amygdale et l'émotion de peur.

 

Antonio Damasio propose une catégorisation des émotions :

  • les émotions d'arrière plan

  • les émotions primaires

  • les émotions sociales: compassion, embarras, honte, indignation, effroi... destinées à permettre le vivre ensemble.

 

Au sein de ces trois catégories, il y a les catégorisations faites par chacun de nous, en fonction de notre histoire, notre apprentissage personnel.

 

 

 

  1. La théorie des marqueurs somatiques

 

 

 

L'émotion est déclenchée par un stimulus et va déclencher une réaction : expression motrice, vocale, spatiale, posturale ainsi que le système nerveux sympathique, périphérique... C'est l'ensemble du corps qui entre en jeu dans cette réaction. Quand on a une émotion, en général, cela nous prépare à l'action. Probablement que dans le processus d'évolution, le mécanisme des émotions a été sélectionné pour ressentir l'état de notre organisme, ou les dangers pour son intégrité. Il peut aussi y avoir des émotions liées au futur, qui constituent une sorte de « mémoire du futur ».

 

Certaines émotions peuvent ne plus avoir lieu d'être dans notre société qui a évolué, mais elles ne se sont pas encore adaptées à notre évolution et perdurent quand même.

 

C'est le début de la conscience, qui nous sert à veiller sur notre corps, notre bien-être, et à l'harmonisation de la société.

 

Tout cela est lié : « la culture elle aussi est orientée vers l'homéostasie » (homéostasie = stabilisation, réglage chez les organismes vivants, de certaines caractéristiques physiologiques (pression artérielle, température, etc.). )

 

Les émotions sont donc complémentaires à la cognition. Elles laissent des traces biologiques de nos expériences passées, elles participent à nos prises de décisions et à nos réflexions.

 

Nos raisonnement viennent en partie de notre histoire émotionnelle : lorsque nous avons un choix à faire, nous réfléchissons aux conséquences que peuvent impliquer ce choix. Cela se traduit par des émotions négatives ou positives que nous ressentons au moment de faire le choix.

 

Elles nous viennent de notre histoire, de notre expérience, de notre apprentissage. Le lien se fait dans notre cerveau, entre un problème et ses conséquences, par ces émotions.

 

Elles influencent notre inconscient : le processus n'est pas immédiatement accessible à notre conscience.

 

Nos émotions peuvent nous parler, et elles complètent notre logique pour nous guider dans la prise de décision. Nos connaissances et notre logique ne sont pas tout. Si l'on se coupe de ses émotions, on déshumanise notre réflexion.

 

3. Le mécanisme de convergence/divergence

 

 

 

Le cerveau enregistre en permanence des « images » : visuelles, auditives, nominatives, et autres données, sur ce qu'il est en train de vivre. Ces images, sortes de « cartes mentales », sont stockées dans des régions différentes du cerveau. Lorsque l'on veut recomposer un souvenir, il faut récupérer toutes ces images et les relier ensemble. C'est à ce moment là que les différentes images apprennent qu'elles sont apparues au même moment.

 

Antonio Damasio a découvert que cela était possible grâce au dialogue entre le tronc cérébral (partie plus ancienne du cerveau, qui réagit en premier, et où les choses peuvent être esquissées) et le cortex préfrontal (qui contrôle des fonctions cognitives avancées comme le langage, la personnalité,... c'est la partie du cerveau qui s'est le plus développée lors du passage des primates aux hominidés). Le tronc cérébral a longtemps été négligé par les chercheurs comme étant plus « animal ».

 

Cet espace soutient les « dispositions », non conscientes, qui sont des sortes d'esquisses, mais il a les mêmes capacités que le cortex en plus simplifié.

 

Le cortex cérébral, qui a la capacité de former des souvenirs précis et détaillés, contextualisés et conscients affine le trait. Ces deux espaces fonctionnent en synergie.

 

 

4. Les émotions et la conscience

 

Différence et lien entre émotions et sentiments :

 

Étymologiquement, « émotion » est lié au mouvement, et donc à l'action, au comportement. Les émotions sont le théâtre du corps : elles sont publiques, elles changent la posture, l'expression du visage, car elles agissent sur la chimie interne du corps, sur les organes, les viscères, les muscles...

 

Les sentiments correspondent aux idées que véhiculent les émotions. C'est la perception de ce qu'il se passe dans le corps. Les signaux envoyés par le corps sont directement reliés au cerveau par différentes voies qui vont vers des cellules dédiées à cette réception.

 

Le sentiment est donc produit par le stimulus de l'émotion.

 

Il est lié aux idées qui viennent de la mémoire, pendant que le processus se déroule. Cela peut prendre un certain temps (10, 12 secondes), durant lequel se construisent des images mentales, qui se confrontent à d'autres images existantes.

 

Les boucles formées par les émotions et les sentiments sont un processus très riche. Les perceptions entraînent à leur tour des réponses émotionnelles qui nous font changer. Le stimulus et le changement provoqué vont être cartographiés dans le cerveau.

 

Les sentiments peuvent également provenir de perceptions simulées par le cerveau.

 

Il y a une région du corps qui regarde et observe les phénomènes produits par les boucles émotions/sentiments et qui les enregistre. C'est à cet endroit que l'on sait que nous avons un sentiment à partir d'une émotion.

 

C'est de cette façon que naît le sentiment de soi.

 

Antonio Damasio considère que la conscience est le mode de fonctionnement développé par notre espèce pour veiller sur notre corps et nous permettre de rester en vie. Un sentiment de soi est indispensable pour former l'esprit conscient. C'est l'individu à l'intérieur de ce qui forme le film cérébral. Les émotion sont donc un ingrédient indispensable de la conscience.

 

 

II : La conscience :

 

 

1. Différents types de consciences :

 

 

 

D'après Antonio Damasio, la conscience est l’état de l'esprit qui traite les informations perçues par l'organisme, via des stimuli internes ou externe. C'est donc ce qui met en relation le corps et son environnement, les objets qui nous entourent.

 

Cette relation entre le monde extérieur et nos perceptions internes, nous permet de nous maintenir en vie.

 

La particularité d'Antonio Damasio par rapport à d'autres chercheurs en neurosciences, est qu'il enrichit cet « état particulier de l'esprit » d'un sentiment de soi, qu'il lie à la notion biologique d'organisme, et qui apparaît comme nécessaire à l’existence du processus.

 

Ce processus est propre à chacun et son expérience n'est observable par personne d'autre que la personne chez qui elle a lieu. Pour autant, il est possible d'avoir un point de vue objectif dessus.

 

2. Trois sentiments de soi.

 

Antonio Damasio décrit trois niveaux dans le sentiment de soi, du plus primaire au plus élaboré.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Le proto-soi : qui est la base sur laquelle peuvent se construire les deux autres niveaux. Il est préconscient et n'a pas besoin du langage pour fonctionner. Cette étape fait fonctionner ensemble différentes parties du cerveau : l'hypothalamus, le tronc cérébral, le cortex insulaire.

 

Le principe du proto-soi est d'enregistrer les changements physiques internes qui affectent l'homéostasie de l'organisme. C'est la base de la survie. Le cerveau cartographie le interactions de l'organisme avec les stimulus internes ou externes qu'il reçois. Les émotions entrent d'ores et déjà en jeu dans la zone du cortex insulaire.

 

  • Le soi central : il émerge lorsque les cartographies issues du proto-soi deviennent conscientes. C'est le moment de la perception des sentiments, qui viennent former un film cérébral, que chacun peut observer en son fort intérieur.

Antonio Damasio nomme aussi cette conscience la conscience-noyau. Elle génère un sens momentané de soi, qui concerne le moment présent et ne prend pas encore en compte le passé ou le futur. Elle ne s'inscrit pas dans le temps et reste constante tout au long de la vie.

 

  • Le soi autobiographique : c'est une conscience étendue qui forme l'individualité. Elle nécessite le langage au sens psychologique pour devenir une forme de pensée et de mémoire. Elle s'inscrit dans le temps, reliant les cartographies du proto-soi qui engendrent des pulsations du soi-noyau, dans une structure cohérente qui forme l'individualité. Elle évolue tout au long de la vie pour se mettre à jour avec chaque expérience vécue.

Cette conscience étendue est spécifiquement humaine, mais les chiens et les chimpanzés peuvent en faire preuve.

 

Cette conscience est basée sur les deux premiers niveaux et ne pourrait pas exister sans eux. A contrario, elle peut être endommagée (problème de mémoire par exemple) sans conséquence sur les autres niveaux.

 

NOTES :

 

Applications, utilisations possibles :

 

Ces découvertes peuvent avoir des répercussions notamment en bio-éthique, pour définir les niveau de responsabilité dans un cadre juridique, pour comprendre les dégâts de la lobotomie, l'utilisation des neuroleptiques, etc.

 

Concernant l'intelligence artificielle, à partir de ses recherches, Antonio Damasio pense qu'il y a peu de chance que les robots aient un jour des sentiments et donc, une conscience.

 

Résonance :

 

J'ai expérimenté les perturbations que peuvent provoquer un choc émotionnel sur le fonctionnement de la mémoire : l'évocation des émotions reliées à une personne permet de recomposer une carte mentale qui lui est reliée. J'avais tout un panel d'émotions qui me permettait d'avoir une mémoire performante des personnes. Je savais parfaitement retrouver ces cartographies. Suite à un choc émotionnel, ce processus a complètement dysfonctionné et je ne reconnaissais plus les gens que je n'avais pas vu depuis quelques temps. J'ai réussi à mettre en place d'autres façons de retrouver les cartes mentales liées aux personnes, et à rééduquer ma mémoire, par un système plus global, lié aux sentiments que me procurent des groupes de personnes plus que des individus. Je retiens plus les connections entre les personnes que leurs caractéristiques individuelles. Et c'est devenu tout aussi fonctionnel.

 

Comprendre comment ça marche aide énormément à avancer.

 

 

 

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